Les familles de parrainage

Les familles de parrainage.
 
 
Nicolas vient d’avoir 10 ans ; depuis plusieurs années, quatre à vrai dire, il vit à l’Espoir, placé sur décision de Justice et suivi par le Service de protection judiciaire de Liège. Au début, cela n’a pas été facile pour lui de s’habituer à la vie de groupe, pas facile non plus de s’adapter à tous ces éducateurs ou éducatrices qui viennent faire leur service, ils font de leur mieux mais cela ne remplace pas une vie de famille.
Papa est en prison depuis un moment déjà, il va le voir une fois par mois ; quant à sa maman, elle a de grosses difficultés et au fur et à mesure où le temps passe elle est de plus en plus irrégulière aux visites qu’elle faisait à son fils un samedi sur deux. L’idée que Nicolas puisse revivre un jour avec son papa ou sa maman s’éloigne de plus en plus. Si bien que la perspective que Nicolas a devant lui c’est bien probablement de grandir jusqu’à sa majorité dans cette institution qui l’héberge. L’idée ne lui fait pas peur mais il se demande s’il pourrait connaître un jour une vie de famille.
 
Léna vit dans la même institution que Nicolas elle bénéficie depuis deux ans déjà d’une famille de parrainage ; les Bertrand l’accueillent un week-end sur deux et quelques jours pendant les vacances ; elle s’y sent bien et est devenue très complice d’Aurore, la fille aînée ; parfois il y a bien quelques disputes avec Aurélien le petit frère, mais cela s’arrange souvent fort bien après une petite discussion.
 
Nicolas a souvent parlé de famille de parrainage avec Léna, puis un jour, il en a fait la demande à son éducateur. Celui-ci lui a répondu « ce serait là une bonne idée, mais nous n’avons pas actuellement de famille pour te parrainer, et puis le chemin est un peu plus compliqué parce qu’il va falloir en parler avec tes parents et avec le service de Protection judiciaire ».
 
Nicolas est maintenant en attente…
 
Nicolas et Léna sont bien-sûr des enfants imaginés pour la cause… mais bien évidemment, ils existent et ressemblent à s’y méprendre à tant d’autres enfants vivant en institution.
 
Dans l’arrondissement de Huy, l’Espoir est une de ces institutions qui accueille des enfants placés par les services d’Aide à la Jeunesse (SAJ- SPJ- Tribunaux de la jeunesse).
 
L’Espoir est, entre autre, agréé comme SAAE – service d’accueil et d’aide éducative ; à Amay et Couthuin, il héberge 30 enfants de 0 à 18ans.
 
Parmi ces enfants, certains garderont un lien soutenu avec leurs parents (retours en WE, pendant les vacances…) et d’une manière ou d’une autre ces parents ou grands-parents continueront à jouer, malgré la séparation, un rôle prépondérant dans la vie de leur enfant. Certains de ces enfants verront le placement toucher à sa fin et l’aventure de la réintégration familiale prendre une figure de plus en plus concrète jusqu’au retour définitif en famille.
D’autres enfants, pour de multiple raisons liées à diverses précarités souvent cumulées – précarité physique, psychologique, financière, relationnelles et sociales – verront le lien avec leurs parents devenir de plus en plus distendus (voire absents) et ce, sur du long terme. Se profile alors pour eux la perspective d’un placement institutionnel à long terme, jusqu’à majorité. Cette situation génère chez ces enfants un sentiment accru d’abandon couplé à une image peu valorisée d’eux-mêmes vu l’absence d’investissement parental. Parmi ces enfants, un certain nombre connaissent de telles difficultés familiales qu’il sera utile d’envisager, après une évaluation rigoureuse, l’ouverture d’une option d’intégration dans une famille d’accueil. Celle-ci deviendra alors le lieu principal de l’éducation de l’enfant, elle sera suivie et soutenue par des services spécialisés.
 
Une dernière catégorie d’enfants gardera des liens réguliers avec leurs parents mais de façon très limitée, (par exemple : une heure ou deux par mois). D’une part, ces contacts n’ouvrent bien évidemment pas la perspective d’une réintégration et, d’autre part, ils ne représentent guère un investissement suffisant. C’est principalement à ces enfants-là que le projet de parrainage s’adresse en priorité.
 
Cette formule vient offrir un apport extrêmement appréciable à ce moment de parcours de vie de l’enfant.
 
Voici la définition qu’en propose l’UNAPP. (Union Nationale des Associations de Parrainage de Proximité) et que nous faisons nôtre :
 

« Le parrainage est la constitution d’une relation affective privilégiée entre un parrain et un filleul. Il prend la forme de moments partagés. Il repose sur des valeurs d’échange, de réciprocité, d’enrichissement mutuel et sur la confiance. Il est fondé sur un engagement volontaire. Il se met en place dans l’intérêt de l’enfant (dont l’avis est sollicité) à la demande des parents ou de tout autre titulaire de l’autorité parentale ».

Cette définition vise pleinement la mise en place d’une relation affective et éducative fondée sur la création d’un lien limité mais qui tienne le temps, la durée.
Quels sont les objectifs de la constitution de ce lien ?
  • Principalement permettre à l’enfant qui vit une situation de défaillance parentale de profiter d’un investissement affectif et ainsi de poursuivre son développement psycho-affectif ;
  • Lui permettre de découvrir d’autres milieux, d’autres activités, d’autres modes de relations sociale ;
  • L’inviter à approcher – certain pour la première fois – la vie de famille avec ses hauts et ses bas et ainsi s’en forger des représentations plus adéquates ;
  • Lui apporter de l’aide autrement que par des approches purement institutionnelles, cette aide pourra d’ailleurs se poursuivre au-delà du placement ;
  • Enfin, le parrainage trouve son terreau dans la solidarité sociale où, de manière bénévole, certaines familles prennent la décision d’accompagner sous ce mode un enfant qui se voit privé de ces ressources familiales ; il est encore une réelle tentative d’éviter la répétition du parcours parental en ce qu’il a conduit au délitement du lien avec l’enfant.
Plusieurs formules de parrainages ont coexisté dans le temps :
 
Le parrainage « traditionnel » où de manière spontanée un lien créé entre enfants ou même parfois entre un enfant et un adulte pouvait être valorisé par la formalisation transitoire ou durable du parrainage lui-même. Dans ce contexte, le parrainage pouvait fonctionner hors cadre et suivi. Si cette formule a parfois fonctionné elle a montré ses limites et ses défaillances. Que l’on songe à l’arrêt brusque du parrainage après un conflit non traité qui aboutit au rejet de l’enfant.
 
Le parrainage « organisé » vient soit officialiser et cadrer une relation déjà en cours (entre enfants ou entre enfant et adultes) soit il vient en proposer une à un enfant pour lequel l’équipe éducative en perçoit l’opportunité ou la nécessité. Dans sa version organisée, le parrainage est institué par un tiers qui fait figure de garant des multiples dimensions en jeu, c’est l’option dans laquelle nous nous situons résolument.
 
Dans ce contexte quels en sont les acteurs ?
 
  • L’enfant, bien sûr, en premier lieu. Il peut être explicitement demandeur car il a pu en observer l’intérêt chez d’autres enfants placés avec lui et qui bénéficient déjà d’une telle famille ; c’est parfois aussi un éducateur qui suite à un débat avec son équipe estime que le temps est venu de proposer cette opportunité à l’enfant.
    A ce niveau, il s’agira de s’assurer par un bilan psychologique approfondi si cet enfant est prêt ou libre pour accepter et investir un nouveau lien affectif familial. Ce bilan est effectué par un service hors institution comme par exemple un centre de santé mentale.
  • Les familles sont toujours sollicitées afin d’en obtenir la coopération positive dans ce projet ; une juste et claire compréhension des choses sera nécessaire. Les familles sont souvent porteuses de peurs notamment celle de perdre l’affection de leur enfant. Elles vivent également des confusions entre accueil et parrainage. Il sera nécessaire de rassurer et de clarifier quant à l’avenir de leur place auprès de leur enfant ; ceci étant fait, les parents parviennent souvent à donner leur approbation positive au projet ; cette approbation libère l’enfant du poids que représente la fidélité ou la loyauté à sa famille d’origine. Lorsque ce travail d’accompagnement aboutit tout de même à un blocage, dans le cadre du SPJ, il est possible de passer au-delà.
  • Les instances mandantes SAJ, SPJ et TJ desquelles dépendent les décisions de placement. Elles sont consultées et leur autorisation est sollicitée.
  • L’équipe éducative et l’éducateur référent : c’est lui qui jouera un rôle prépondérant puisqu’il ouvre la question avec l’enfant, les instances mandantes et la famille ; c’est encore sur lui que reposera le suivi de la situation.
 
Quelles sont les procédures ?
 
Du côté des familles de parrainage.
Les familles sont informées de cette opportunité par des articles de presse régionale ; si elles pensent pouvoir répondre positivement et ainsi créer un espace pour le parrainage d’un de ces enfants, elles prennent contact avec l’Espoir notamment l’assistante sociale ou le psychologue. S’en suivent quelques entretiens afin de réfléchir ensemble sur l’opportunité du projet et de pressentir quel enfant pourrait convenir dans ce contexte.
Vu le petit nombre d’enfants (30) il n’y a pas toujours d’enfants actuellement prêts à entrer dans cette démarche c’est pourquoi, il faudra sans doute patienter ou parfois renoncer .Quoiqu’il en soit, ces familles font partie d’une réserve en attente.
 
Lorsque l’enfant est pressenti, les choses se précisent :
 
La famille est invitée à signer une convention de parrainage qui précise les droits et devoirs de chacun.
 
Elle est également invitée à produire certificats de bonne vie et moeurs, assurance familiale.
 
Les premiers contacts se prennent à l’institution, puis un programme est établi qui fixe le temps passé en famille de parrainage. Ce temps est en général limité à deux WE par mois et à quelques journées pendant les vacances.
 
Ce programme est volontairement limité afin de garder la spécificité du parrainage et d’éviter la confusion avec l’accueil familial.
 
Un projet de suivi (plus intense) est mis en place la première année afin d’assurer de part et d’autre les meilleures conditions de réussite.
 
Du côté des familles des enfants.
Nous avons déjà relevé le travail de préparation de ces familles afin que le parrainage n’apparaisse pas comme un rapt mais une riche opportunité qu’ils contribuent à offrir pour permettre à leur enfant de grandir malgré tout. Cette démarche nécessitera d’approcher les peurs, les malentendus, les imprécisions.
Les informations qu’il sera nécessaire de communiquer à propos de l’enfant transiteront toujours par l’institution : elle reste médiatrice entre la famille d’origine et la famille de parrainage. Pour diverses raisons, il est utile de procéder de la sorte afin de garantir à chacun un espace propre.
N.B. Il arrive parfois que nous organisions une première et unique rencontre des deux familles. Elle satisfait au besoin de mettre un visage et ainsi de se rassurer.
 
Du côté des enfants eux-mêmes.
Nous avons dessiné brièvement le profil social des enfants susceptibles de bénéficier du parrainage, il restera, le temps venu de réaliser une évaluation psychologique afin de vérifier qu’ils sont prêts à profiter pleinement de ce nouveau lien offert.
 
 
Les rencontres des familles de parrainage.
 
Deux fois par année, en novembre et en mai, nous tiendrons une assemblée des familles de parrainage. Actuellement cinq familles sont concernées par le parrainage d’enfants de l’Espoir. Certaines depuis 5-6 ans déjà, d’autres se sont à peine mises en route.
Créer un lieu où faire connaissance, partager des expériences et des questionnements sur les attitudes adoptées, un lieu de soutien lorsque les choses deviennent plus difficiles… voilà les objectifs essentiels de ces rencontres, elles se veulent conviviales et solidaires.
 
Personnes de contact au sein de l’asbl l’Espoir :
 
Dominique Grignet                       Assistante sociale        085 71 12 32
Jean-François Della Libera          Psychologue                085 31 73 46